Laura a trouvé le poste de ses rêves... dans l'éducation nationale

Publié le 8 Juin 2011

gareaulnayrerbLundi 6  j'ai pris une décision de fou. Je me suis mis dans l'idée d'aller au boulot en transports en commun depuis Aulnay-sous-Bois. Résultat des courses, pour un trajet qui me prend habituellement 20 minutes en voiture, j'ai mis 1 heure 20. Et encore parce que quelqu'un s'est dévoué à tirer le signal d'alarme pour stopper le train au bon endroit. Il faut dire qu'on nous avait annoncé un parcours exceptionnellement omnibus pour compenser les cafouillages de remise en route après un week-end de travaux de rénovation du RER B+.

Mais en fait on a tenté de flouer les passagers et de sucrer les arrêts comme s'ils n'allaient pas s'en apercevoir ! Alors, excédés par les temps d'attente et ce mensonge grossier ils ont pris leur responsabilité. Quitte à descendre ensuite au milieu des voies et ajouter une couche au problème. C'est sans doute l'époque qui veut ça...    Du coup j'ai eu tout le loisir de feuilleter mon Direct Matin.

laura.jpgJ'ai alors pu faire connaissance avec Laura en page 13. Laura. La trentaine sereine, concentrée sur son bouquin. Faut dire qu'elle a de quoi être heureuse Laura. Elle a trouvé le poste de ses rêves. Dans l'éducation nationale, qui recrute. C'est l'avenir qu'elle a toujours envisagé. L'avenir, pour elle, c'est de faire vivre et partager sa passion, transmettre des savoirs et des valeurs, se consacrer à la réussite de chacun de ses élèves. C'est pour cela qu'elle a décidé de devenir enseignante.

 Je suis quelque peu troublé pour ne pas écrire consterné par cette annonce totalement idéaliste par rapport à certaines réalités. Je n'ai pas à chercher très loin. Je vais prendre ma belle ville d'Aulnay-sous-Bois. Il s'y passe actuellement un phénomène tout à fait intéressant à observer. Les parents d'élèves de différentes écoles de la ville se regroupent. Des contacts se nouent même avec d'autres agglomérations du département. Ce processus en cours qui s'accompagne d'actions de mobilisation vise à dénoncer les conditions dégradées dans lesquelles s'exerce l'éducation des enfants à l'école publique. Classes surchargées, journées de classe non assurées faute de remplaçants parfois pendant des semaines, présence aléatoire de personnel lors des garderies du matin et du soir, garderie sans aucun contenu pédagogique, études surveillées plutôt que dirigées. Jusqu'à la suppression toute récente de 8 postes de RASED, ces enseignants spécialement formés pour s'occuper des enfants éprouvant des difficultés.

 Je ne dis pas que toutes les écoles de la ville cumulent ces handicaps mais c'est un éventail déjà conséquent à mon goût de ce que j'ai pu observer et rencontrer en tant qu'élu de parents d'élèves. Pourtant, dans le même temps, on s'émeut dans le journal que la jeunesse du département n'est pas assez formée pour trouver un travail et que le taux de chômage de cette frange de la population est préoccupant.  De quoi en perdre son latin et éprouver un véritable malaise.

Que l'on ne se méprenne pas sur le sens de cette note. Elle n'est pas dirigée contre le personnel enseignant. J'ai toujours trouvé beaucoup d'énergie et de dévouement à celui que j'ai croisé. Et ceci malgré la logique cynique d'un système éducatif public qui, faute de savoir comment s'améliorer, use de manière implacable au fil du temps des méthodes qui s'apparent à celles d'entreprises privées où la gestion purement comptable et financière prend le pas sur l'humain. La manière dont la délégation des parents d'élèves d'Aulnay-sous-Bois a été reçue par l'inspection académique à Bobigny est de ce point de vue particulièrement éloquente. A la fois sur la forme. Certaines écoles et leurs représentants ont été écartés arbitrairement de la réunion. Mais aussi sur le fond, l'inspecteur assumant sa fin de non-recevoir aux demandes des parents avec une logique froide.     

Alors je donne rendez-vous à Laura dans un an. Après sa première année d'enseignement. On verra si, dans ces conditions, elle a toujours le sourire...

Stéphane Fleury  

Rédigé par Stéphane Fleury

Publié dans #Education

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geneviève 08/06/2011 22:28


"Une séance de job dating pour embaucher des profs ? C’est le pas franchi par l’académie de Paris qui a annoncé l’organisation, jeudi prochain, en partenariat avec Pôle emploi, d’une « journée de
recrutement d’enseignants non titulaires ». Le but est de constituer, pour la prochaine année scolaire, un vivier de remplaçants corvéables à merci."
(http://www.lafusionpourlesnuls.com/article-xb-bientot-ministre-de-l-education-nationale-74663576.html)

A part ça, le bouquin "travail les raisons de la colère" de V. de Gaulejac est pas mal... RGPP, évaluation "scientifique" de "l'efficacité", privatisations et réorganisations en tout genre. Comme
le rapportent les Pinçon-Charlot : en 2005, Warren Buffet, un des hommes les plus riches du monde disait " Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, la classe des riches,
qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner."

Bof, à part ça, Laura va très bien madame la marquise.