Les manifestations de lycéens du 93 contre l’expulsion de la collégienne rom Leonarda dégénèrent
Publié le 8 Novembre 2013
Saint-Ouen
Deborah et Juliette sont encore sous le choc. Et c’est en rongeant ses ongles que l’une des jeunes filles, élève en Terminale L au lycée Auguste-Blanqui, à Saint-Ouen, raconte l’incident d’hier matin. « Vers 6h30, nous préparions le blocus du lycée avec cinq autres élèves, glisse-t-elle émue. Nous voulions dénoncer l’expulsion de Leonarda (NDLR : la collégienne rom, interpellée lors d’une sortie scolaire, a été expulsée avec sa famille en octobre au Kosovo) et mobiliser pacifiquement d’autres élèves pour qu’ils viennent avec nous au rassemblement parisien. » Jusqu’à l’arrivée d’une patrouille de police, vers 7h30. « Ils sont venus vers nous et nous ont demandé d’arrêter, explique Juliette. Nous leur avons répondu calmement que la mairie était prévenue mais ils ont voulu tout enlever et cela a dégénéré. »
Un collégien transporté à l’hôpital
Deux garçons du groupe se sont retrouvés à terre, dont Erwan, 15 ans, élève en 1re L. « Ils nous ont frappés et gazés très près du visage, poursuit Deborah. Erwan a perdu connaissance et nous avons dû appeler nous-mêmes les pompiers. » Transporté à l’hôpital Bichat à Paris « pour un lavage complet du visage », le jeune homme est finalement rentré chez lui. Hier matin, la quasi-totalité des enseignants se sont mis en grève suite à l’incident. Une délégation d’en seignants et d’élèves a été reçue hier après-midi par la maire (FG) de Saint-Ouen, Jacqueline Rouillon, qui assure, dans un communiqué, ne pas comprendre « pourquoi les policiers sont intervenus de façon disproportionnée ».
De son côté, la préfecture de Bobigny estime qu’il s’agit « d’un incident de portée limitée qui ne doit pas perturber le bon fonctionnement de l’établissement ». Elle précise que les policiers étaient en train d’enlever les barrières édifiées par les jeunes lorsqu’un « groupe de 10 élèves s’est approché de l’équipage de police et l’un deux a agrippé un des policiers qui pour se dégager et disperser le groupe a utilisé son aérosol lacrymogène à une reprise ». « Les policiers n’ont fait que leur travail et n’ont porté aucun coup » assure Sébastien Bailly du syndicat de gardien de la paix Alliance 93. Une enquête a été ouverte pour connaître les conditions d’intervention de la police. L’IGPN (inspection générale de la police nationale) a été saisie.
Saint-Denis
Plusieurs incidents ont eu lieu hier matin en marge des manifestations lycéennes. Dans la matinée, une centaine de lycéens ont bloqué le lycée professionnel Frédéric Bartholdi. Le rassemblement s’est déroulé dans le calme et les élèves se sont dispersés par petits groupes dans le centre-ville. C’est à ce moment-là qu’un commerce de jeux vidéo, situé rue Gabriel-Péri, a été pillé. Toujours à Saint-Denis, une quinzaine de lycéens ont manifesté devant le lycée Paul-Eluard, où ils ont brûlé des poubelles. Une jeune fille de 18 ans, qui s’approchait d’une des poubelles en feu, a été légèrement brûlée au cuir chevelu.
Montreuil
Une dizaine d’élèves ont voulu interdire l’accès du lycée Jean-Jaurès et ont positionné des conteneurs à l’entrée. Un adolescent de 16 ans a été arrêté en possession d’un marteau, d’un couteau à cran d’arrêt et d’un briquet. Il est également suspecté d’avoir déposé à côté d’une poubelle une bouteille contenant de l’essence.
Noisy-le-Grand
Une dizaine d’élèves ont tenté de bloquer l’accès de l’établissement Evariste-Galois avec des cadenas et des chaînes. Ces derniers ont été enlevés par le personnel enseignant et les cours ont pu avoir lieu normalement.
Source : Le Parisien / Photos d'illustration.