Aulnay-sous-Bois : l’ouvrier-rappeur de PSA sort son premier album

Publié le 15 Avril 2013

KASHLEONE.jpgAprès son clip rageur qui a fait le buzz sur internet, Kash Leone, salarié à l’usine d’Aulnay depuis dix ans, sort aujourd’hui son CD « Activiste ».

Franck, alias Kash Leone, a décidément plusieurs casquettes. En février, les internautes découvraient son visage en lame de couteau et son flow rageur, dans le clip de rap « Ça peut plus durer », tourné dans l’usine PSA d’Aulnay. Le succès avait été immédiat. Franck était donc ouvrier, rappeur… Mais c’est aussi un artisan ingénieux et infatigable.

Alors que son album solo, « Activiste » sort ce martin, ce père de famille de 35 ans a misé sur une méthode inédite de marketing.

Ce matin, à l’heure où les premiers RER se mettront en branle, il arpentera les couloirs de la station Châtelet avec quelques compères, pour scotcher des CD sur les murs. « L’idée est toute bête. Plutôt que les stickers (NDLR : autocollants) qu’on voit partout, j’ai eu envie de coller des disques de démo, avec quarante secondes de chaque chanson, pour que les gens découvrent le disque. »

L’idée était toute bête, mais le travail a été titanesque pour réaliser un millier d’exemplaires, du CD à la pochette. Le fait-maison, c’est la spécialité de Kash Leone, qui a enregistré son album seul, dans son minuscule studio capitonné de boîtes d’œufs, en sous-sol du pavillon aulnaysien de ses parents. « Je déclenchais l’enregistrement sur mon ordinateur, avant de courir dans le studio pour chanter », raconte-t-il.

Le résultat ? Un album de 15 titres, dont le fameux chant de combat des PSA, mais aussi d’autres textes, parfois militants. Dans « Jusqu’au dernier souffle », dont le clip est visible sur Internet, le rappeur décrit une société en crise, « pour montrer ce pour quoi je lutte et j’écris : conserver nos acquis pour les plus jeunes »… Certains, parmi les collègues, l’appellent « la star ». Mais le succès du clip, les plateaux de télévision, les coups de fil d’autres rappeurs ne lui ont pas donné le tournis. « J’ai gardé la tête froide », explique Franck simplement. Sur le mur de son studio, il a accroché un « office planner », un tableau avec des fiches de couleur, comme il en existe à l’usine d’Aulnay. « Pour ne rien oublier et m’organiser entre le travail, la famille et la musique… »

La musique lui prendra forcément un peu de temps dans les semaines à venir, avec une douzaine de petits concerts en deux mois. Mais il n’oublie pas l’usine. Il y a un peu plus d’une semaine, il grimpait sur scène à Bobigny, pour une soirée de soutien aux PSA qu’il a contribué à organiser. Franck, moniteur de ligne au montage, avait fait grève avant de reprendre le travail, la mort dans l’âme. « Ce qui me déprime aujourd’hui, c’est de voir partir les intérimaires de mon équipe. C’est dur. »

Il se prépare, bien malgré lui, à rédiger un CV, pour l’après-PSA. Percer dans la musique? Franck écarte l’idée d’un haussement d’épaule : « Je connais un peu ce milieu. J’ai vu des gens arriver au sommet avant de dégringoler. Moi, je veux être quelqu’un qui travaille, et qui sait combien tombe sur son compte à la fin du mois. Etre autonome, c’est ma fierté. »

« Pendant que leur monde tourne comme un moteur, le nôtre s’effondre au profit de certains saboteurs » chante-t-il dans « Ça peut plus durer ». Les paroles prendront une résonance toute particulière lors du concert auquel Kash Leone participera le 1er mai. Ce sera à Florange, en soutien aux ArcelorMittal.

 « Activiste », 10 €. L’album est disponible dans certaines Fnac et grandes surfaces franciliennes et sur les plates-formes de téléchargement.

Source : Le Parisien

Rédigé par Aulnaylibre !

Publié dans #C'est dans le Journal

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