Seine-Saint-Denis : mise en place d’une aide médicale pour les enfants témoins de meurtres conjugaux

Publié le 21 Novembre 2013

femmes-battues-93"Comment expliquer que papa a tué maman?" Pour éviter d'abandonner les enfants à leur sort après un drame familial, la Seine-Saint-Denis va leur ménager un "sas de respiration" à l'hôpital, un dispositif pilote destiné à être étendu en France. Lors d'un meurtre de ce type, dans l'urgence, "c'est souvent une voisine ou une grand-mère qui prend en charge les enfants", tandis que les enquêteurs se concentrent sur le crime, relate le procureur à Bobigny, Sylvie Moisson. 

"S'ils ne sont pas pris en charge comme victimes, ils risquent de développer un syndrome post-traumatique qui ne se voit pas sur le moment", a-t-elle dit mardi, veille de la journée des droits de l'enfant, en signant un protocole pour y remédier avec le conseil général et l'hôpital Robert Ballanger d'Aulnay-sous-Bois. L'an dernier en France, 140 enfants ont perdu un parent dans un meurtre conjugal. Dans 8 cas sur 10, c'est le père ou le beau-père qui a tué la mère de l'enfant, ce que les spécialistes appellent un "féminicide". Une fois sur deux, l'enfant en est témoin. Dorénavant en Seine-Saint-Denis, dès la découverte du crime, les enfants seront hospitalisés trois jours pour recevoir soutien médical et psychologique. Après un passage aux urgences, l'enfant sera confié à des pédiatres et à des pédopsychiatres.

Sidération traumatique

Son "identité sera masquée de façon à ce que les familles ne se précipitent pas à l'hôpital pour régler des comptes", précise-t-elle. L'hospitalisation permettra aussi de faire une évaluation de l'enfant à destination du juge qui, dans les 8 jours, va le placer en institution ou chez un proche. "L'enfant a vécu une situation extrêmement traumatisante, et il faut se souvenir que le +féminicide+ est en général la dernière étape d'une série de violences subie par la femme" dans le foyer qui ont déjà pu le choquer, témoigne Karen Sadlier, spécialiste des traumatismes psychologiques chez l'enfant. Les enfants somatisent: maux de têtes ou de ventre parfois très aigüs, problèmes dermatologiques ou enfants "amorphes". La plupart présentent "un état de sidération traumatique", et ont besoin du "soutien d'autrui pour faire leur deuil" et les aider à "verbaliser leur ressenti", souligne-t-elle.

L'hospitalisation leur permet aussi de "valider le fait que ce qui s'est passé est très grave", ce qui n'est pas forcément le cas en demeurant dans le cocon familial, ajoute-t-elle. Sans prise en charge, "le risque c'est que les troubles post-traumatiques complexes" soient refoulés et "reviennent au galop par la suite", provoquant à l'adolescence une profonde anxiété ou de graves dépressions, ajoute-t-elle. L'idée de protéger les enfants "covictimes" du meurtre de leur mère vient de Suède et du Canada. En Seine-Saint-Denis, l'absence de protocole spécifique a conduit par le passé à des situations tragiques: des enfants ont par exemple été pris en charge par leur tante qui s'est installée au domicile, lieu du meurtre de leur mère, avant de développer des troubles du comportement.

Face à cette situation, le dispositif a "vocation" à être étendu, a déclaré la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Elle a promis aussi de modifier la loi pour empêcher qu'un père qui aurait tué sa femme ne soit automatiquement le seul dépositaire, comme parent survivant, de l'autorité parentale, et puisse par exemple depuis sa prison, s'opposer à ce que son enfant voie un psychiatre.

Source : Le Parisien

Rédigé par Aulnaylibre !

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