PSA Aulnay-sous-Bois : le combat de ma vie. Une ouvrière témoigne.

Publié le 15 Janvier 2014

1.jpgElle a pris rendez-vous chez le coiffeur, hier, avant d’affronter les plateaux télé. C’est précisément à cette cascade de cheveux auburn qu’on repérait Ghislaine Tormos dans les manifestations ou les ateliers à l’arrêt de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Grande, le rire franc, l’ouvrière fut l’une des figures de la grève qui dura plus de quatre mois au sein du site industriel, de janvier à mai 2013. « Le combat de ma vie », glisse aujourd’hui cette veuve de 50 ans, mère de trois grands enfants. Ce combat contre la fermeture de l’usine, elle le raconte avec émotion, humour et conviction dans « le Salaire de la vie », en librairie dès demain. Un récit écrit avec la plume complice de Francine Raymond, journaliste à France Télévisions, qui a tenu la chronique de cette fermeture sur le blog Aulnay Story.

« J’ai voulu expliquer pourquoi j’ai basculé. On ne pouvait pas accepter l’inacceptable », résume Ghislaine Tormos. Car il y a un avant et un après. Avant le 12 juillet 2012, « Gigi » était une ouvrière « bien notée », entrée à l’usine en 2002, lorsque PSA cherchait à féminiser ses équipes. A l’atelier ferrage, elles étaient trois… pour 1500 hommes. Forte en gueule, Ghislaine s’était fait sa place.

 Et puis PSA a annoncé la fermeture du site, qui comptait 3000 salariés. Gigi, déléguée du SIA (syndicat maison) fait alors grève pour la première fois de sa vie. En janvier, l’usine est paralysée. PSA dénonce des « violences ». « Excepté quelques débordements le deuxième jour de grève, la violence des grévistes est une légende — un mensonge ! — savamment entretenue par la direction […] », affirme Ghislaine dans son livre, livrant au fil des pages ses « instantanés » de ces mois de mobilisation : la quête aux péages autoroutiers, pour alimenter la caisse de grève, l’ambiance électrique dans une usine quadrillée par des vigiles, l’irruption des PSA à la convention nationale du Parti socialiste à Paris, les larmes et les rires avec les collègues, l’angoisse du lendemain…

Depuis, la grève a pris fin, et l’usine se meurt. « Nous n’avons pas gagné la partie mais nous avons tenu tête, pendant plus de quatre mois […], à l’une des familles les plus puissantes de France », écrit-elle. Ghislaine a fait grève jusqu’au dernier jour. Au sein de la direction de l’usine, certains en avaient déduit qu’elle avait rejoint les rangs de Lutte ouvrière, mouvement très implanté à Aulnay. Mais non, Ghislaine affirme qu’elle n’a que « des idées de gauche », et quelques motifs de rancœur à l’égard « des syndicats qui ont signé l’accord de compétitivité de PSA, qui fait de nous des esclaves modernes ». « J’espère avoir un jour l’occasion de poser une question à un membre du gouvernement : pourquoi n’êtes-vous jamais venu à l’usine d’Aulnay ? C’est une chose que je n’ai jamais comprise... »

Les plateaux télé n’ont qu’un temps. Début février, Ghislaine Tormos dira adieu à l’usine, comme l’ont fait avant elle ses collègues. Elle a obtenu une mutation à l’usine de Poissy (Yvelines).

« Le Salaire de la vie - Notre travail coûte trop cher, disent-ils », Ghislaine Tormos avec Francine Raymond, Ed. Don Quichotte, 208 pages, 15 €.

Source : Le Parisien

Rédigé par Aulnaylibre !

Publié dans #Emploi

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