Le Billet de Veritis : Match retour : Aulnay 4 – Ségura 1 ! Ou une victoire en trompe-l’œil ?

Publié le 29 Mars 2011

Aulnay libre ! Le Blog qui vous en donne plus…

 

Chers amis lecteurs, lisez un article que vous avez peu de chances de trouver dans Oxygène…

 

 

Pourquoi un tel titre ? Tout simplement pour indiquer que seulement un Aulnaysien sur cinq  a voté pour G.Ségura, lors du 2° tour des élections cantonales et qu’il s’agit là du principal enseignement de ce scrutin.

 

Nous ne reviendrons pas ici sur les chiffres bruts qui ont fait l’objet de publications tant sur notre site que sur Mon Aulnay.com .

 

Cantonales-2011

C’était avec une certaine malice, qui n’a trompé personne, mais dont il a le secret, que le conseiller général sortant nous invitait, à travers sa personne, à voter pour Aulnay ! Disparue l’image partisane….Embrassons-nous folle ville, pensait-il peut-être ?

 

C’est à croire que les Aulnaysiens n’ont guère entendu son appel, puisqu’il ne réunit sur son nom  qu’un Aulnaysien sur cinq. C’est à croire donc que quatre Aulnaysiens sur cinq ont rejoué l’arlésienne  ou une sorte de nouvelle mouture du « Cave se rebiffe » et n’ont, semble-t-il, pas été très sensibles ni à son bilan, ni à ses projets.

 

Rappelez-vous bien : si vous croisez cinq personnes au hasard dans la rue, ou sur le quai de la gare attendant le RER, une seule  a voté pour lui.

 

Pour reprendre l’expression d’A. Duhamel, fin commentateur de la vie politique française, la société civile a ainsi voulu adresser une motion de censure et de défiance à la classe politique. Qu’elle veuille bien s’en souvenir…

 

Examinons donc, au-delà de l’apparence, l’implacable réalité des chiffres et les enseignements que l’on peut en tirer :

 

1.      On ne sait par quelle voie miraculeuse (…) près d’un millier d’électeurs supplémentaires se sont déplacés pour aller voter quasi exclusivement dans les quartiers nord alors que les quartiers pavillonnaires n’ont enregistré, quant à eux, aucune avancée significative.

 

2.      Le taux de participation s’est ainsi accru de 5 points par rapport au  premier tour pour atteindre 35 %.

 

3.      Les scores du candidat sortant atteignent près de 80 % des suffrages exprimés dans les quartiers nord. De telles proportions laissent rêveurs !...Surtout s’agissant, pour certains, de quartiers réhabilités sous l’impulsion de l’Etat et de l’ancienne majorité municipale. Afin de contribuer à l’avancement de la science politique, on se plaît à souhaiter qu’un doctorant ou un chercheur réalise une étude approfondie des mécanismes qui ont pu présider à la manifestation d’un tel vote.

 

4.      A contrario, les scores du candidat sortant sont largement minoritaires dans les quartiers pavillonnaires (40 % soit deux votants sur cinq), son concurrent ayant recueilli 60 % des suffrages (soit trois votants sur cinq).

 

5.      Dans ce contexte, il est bien clair que seule une politique intelligente et équilibrée entre les différents quartiers de la ville sera de nature à apaiser les craintes liées à un risque de dégradation du cadre de vie. A cet égard, il faut cesser d’opposer le monde des pavillons dont certains sont parfois anciens et vétustes et le monde de l’habitat collectif dont la rénovation initiée et poursuivie par l’Etat entraîne une amélioration certaine du confort de l’habitat et du cadre de vie.

 

6.      Le nombre des votes blancs ou nuls a été multiplié par 2,5, exprimant le sens civique de ceux qui sont allés voter, bien que ne se reconnaissant dans  aucun des candidats en présence. Une bonne partie de ceux-ci semblent provenir des votes de sensibilité écologique du  premier tour, par delà les manœuvres d’appareils qui ont ponctué la campagne entre les deux tours.

 

7.      Les votes obtenus par le candidat d’opposition sont allés au-delà d’un simple report de voix  UMP +FN  et englobent à la fois des électeurs de sensibilité écologiques  et d’anciens abstentionnistes  (+ de 400 voix sup.). On remarque ainsi, dans les quartiers pavillonnaires, que ce candidat progresse de plus de 200 voix alors que l’augmentation du nombre de votants est inférieure à 100. On peut donc en déduire, grâce à une analyse multi factorielle, que 30 % environ des électeurs écologistes se sont reportés dans ces quartiers sur le candidat d’opposition.

 

8.      Cette progression est toutefois insuffisante pour contrebalancer l’avancée du candidat sortant qui a bénéficié lui aussi d’un report des voix écologistes à hauteur de 35 % environ, le reste (35 % ) pouvant être porté au crédit des votes blancs ou nuls.

 

9.      Ces chiffres montrent bien la diversité des votes de sensibilité écologique dans un contexte local spécifique qui n’a pas cédé face aux pressions diverses et aux manœuvres d’appareils.

 

10. Le candidat d’opposition a, selon toute vraisemblance, pâti d’un déficit de notoriété, d’un trouble encore résiduel lié au changement de majorité municipale et d’un contexte national difficile.  A ce titre, il n’a probablement pas réuni sur son nom, un certain nombre de mécontentements locaux car ils ont pu être contrebalancés par un certain scepticisme vis à vis de la politique du gouvernement.

 

11. Il est des victoires qui, au delà d’une apparente netteté, peuvent être lourdes de phénomènes préoccupants s’ils se traduisent par des coupures trop fortes au sein de la population. Seule une politique fondée sur le mérite et l’égale considération de chacun sera de nature à prévenir de tels phénomènes en échappant ainsi à des considérations purement électorales.

 

12. L’honneur de la démocratie consiste à mettre en avant non point une somme d’intérêts catégoriels mais une vision pour l’avenir au service de l’intérêt général. Cela nous éloigne alors des petits calculs électoraux, et incite à l’adoption d’une politique intelligente et équilibrée de laquelle doivent être  bannies les considérations à courte vue et partisanes. C’est dans ce sens que l’on dit parfois qu’il faut savoir « surmonter sa victoire ». 

 

En effet, celle-ci pourrait bien n’être qu’un trompe-l’œil si les élus du Département n’arrivent pas à résoudre les redoutables défis auxquels la Seine-Saint-Denis est confrontée : budget en déséquilibre, finances à assainir, lourdeur des dépenses sociales, etc. C’est bien la raison pour laquelle un accent tout particulier doit être mis sur la revitalisation du tissu économique, l’accroissement du niveau de formation et l’amélioration du réseau de transports.

 

Ce département a vraiment besoin d’une nouvelle valeur ajoutée. Il peut être le laboratoire d’une nouvelle dynamique s’appuyant sur les nouvelles technologies au service d’un vivre ensemble synonyme d’une nouvelle « écologie humaine » . Ce n’est qu’à ce prix, qu’il pourra se défaire de son image vieillotte et problématique lourde de trop d’handicaps.

 

Ce défi n’est pas impossible à réaliser. Alors, Messieurs les élus retroussez vos manches !...

 

Rédigé par Veritis

Publié dans #Le Billet de Veritis

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Veritis 29/03/2011 23:15


Cher David,

Merci pour ton commentaire. Il a le mérite de lancer le débat.

1.Lorsque je parle des électeurs aulnaysiens, il s'agit bien sûr des électeurs appelés à voter puisqu'il ne t'aura pas échappé que je parlais du scrutin concernant le canton nord
d'Aulnay-sous-Bois. Donc j'aurais pu dire des "électeurs du canton nord d'Aulnay", mais il me semble que c'était implicite et donc tout le monde aura compris.

2.Je pense que cette précision sémantique n'altère en rien, bien au contraire, les conclusions auxquelles je me suis livrées qui ne reposent que sur la froide réalité des chiffres.

3. Tu dis ensuite : "une seule personne (...) aurait mis un bulletin PS ". Là je suis obligé de te reprendre puisque si j'en crois la profession de foi du candidat il s'agirait d'un bulletin "PCF,
Front de Gauche,Europe Ecologie-les Verts,Mouvement républicain et citoyen, Parti radical de gauche, Parti socialiste." Je comprends que tu utilises un raccourci, mais quitte à être exact...

4. Je persiste et je signe : "80 % des électeurs n'ont pas été sensibles aux arguments du candidat élu ". Ce sont les chiffres qui parlent. Parmi ceux-ci, il en y a au moins 13,33 % qui ont voté
pour son adversaire et 66,67 qui n'ont pas jugé utiles de se déplacer. Pour ces derniers et pour cause, je ne connais pas leur opinion. Mais s'ils avaient été enthousiastes sur la politique en
général et le candidat élu en particulier, nul doute qu'ils se seraient déplacés.C'est donc bien sûr sur l'ampleur de l'abstention que je voulais mettre l'accent ainsi que de nombreux
commentateurs. Car elle a une signification politique précise qu'il serait vain de nier, surtout lorsqu'il s'agit de juger du bilan d'un candidat sortant.

5. Pour Sarkozy, il s'agit de deux sur cinq, c'est déjà mieux en terme de représentativité.

6. Je n'ai jamais parlé de légitimité.

7. Je ne doute pas qu'il y ait eu "un formidable travail laborieux et formidable des militants et sympathisants du parti socialiste". Je note toutefois plusieurs points:

- Apparemment ce même travail n'a pas porté les mêmes fruits dans les quartiers pavillonnaires...
- Ce qui m'a frappé c'est l'extrême concentration de ces votes supplémentaires, comme s'il y avait eu une cible privilégiée.

La prochaine fois, je me propose, si tu en es d'accord, d'être une sorte de "journaliste embarqué"pour me rendre compte de ce qui se passe sur le terrain.

8. A propos de l'ANRU. Tu sais comme moi que le PRU a été lancé en 2004, mais tu sais aussi qu'il faut un certain temps entre le lancement d'une opération que je trouve personnellement louable et
nécessaire et sa réalisation effective.

En 2007, le PRU, bien que lancé, était effectivement balbutiant, de telle sorte que je comprends plus facilement les scores obtenus à l'époque car il n'y avait pas encore de signes tangibles
suffisants pour apprécier l'ampleur de l'opération. Encore que le lancement de l'opération et les projets mis sur pied auraient pu mieux profiter à ses initiateurs.

Mais en 2011, la situation est fort différente. Il suffit de se promener dans le quartier de la Rose des Vents ou des Etangs pour voir l'effet tangible du PRU. Je note seulement que cela n'a eu
aucun effet sur le comportement électoral des électeurs. Je m'interroge donc tout simplement. Et c'est là, je crois, que le travail d'un chercheur en science politique pourrait être fort utile car
cela permettrait d'apprécier le niveau d'information de ces électeurs, leurs niveaux de compréhension des enjeux, leurs motivations, l'influence éventuelle des "leaders d'opinion" de ces quartiers,
etc.

9. Pour les résultats de F. Cannarozzo, on pourrait faire exactement la même étude et je crois que nous aurions des conclusions très intéressantes.

10. Quand je parle de "politique intelligente et équilibrée entre les quartiers", je veux simplement dire plusieurs choses :

- Il ne faut pas croire que les pavillons n'abritent que des nantis, loin de là (sinon le FN n'y aurait pas fait de tels scores, et ne va pas penser une seuls seconde que ces gens sont d'"extrême
droite"...)

- Le risque de dégradation du cadre de vie existe bel et bien dans les quartiers pavillonnaires si les opérations d'urbanisme ne sont pas bien ciblées, calibrées et réalisées en concertation avec
les associations et les riverains.

- Pour ce qui est de casser les grands ensembles, cela a déjà été initié du temps de la "droite". Je ne connais pas de projet en ce sens depuis 2008.

- Il existe encore du côté de Savigny, Mitry et la Morée des quartiers à rhéhabiliter. J'en suis bien d'accord. C'est bien la raison pour laquelle le maire a pris contact avec l'ANRU (bras armé de
L'Etat dans ce domaine) pour inscrire ces programmes parmi ceux d'une nouvelle tranche de l'ANRU dite ANRU II. Tout cela est bien normal. Mais là, où j'ironise c'est que G.Ségura n'a pas de mots
assez durs pour fustiger l' "Etat-Sarkozy" qui ne fait rien bien sûr pour les "quartiers difficiles" !...

11. Je ne suis pas pour le nivellement par le bas mais pour l'élévation de la société toute entière. C'est la raison pour laquelle, il faut savoir préserver, là où elle existe, la qualité de vie
des quartiers pavillonnaires et l'améliorer quand c'est nécessaire. Par ailleurs, je ne suis pas hostile par principe à l'habitat collectif, dans la mesure où il est raisonnable, de qualité et
s'intègre bien dans son environnement.

12. Points 7, 8 et 9. Là ton commentaire me déçoit. Cela prouve que tu ne me connais pas assez bien...Je mentionne juste des chiffres dont je peux apporter la preuve sans problèmes. Cela a
représenté un certain travail, mais de recoupements en recoupements par secteurs et bureaux de vote, mon modèle est très fiable.

Il se trouve que j'ai l'esprit trop indépendant pour être encarté dans un parti politique. Cela me permet donc d'être très factuel et très libre dans mes analyses car je ne suis pas soumis aux
biais de raisonnement que les partis politiques aimeraient bien nous asséner.Donc "conclusion dirigée" est un vocable qui s'applique à beaucoup de monde, mais sûrement pas à moi... Désolé !

12. En ce qui concerne le déficit de notoriété de F. Cannarozzo, je crois que c'est un fait, parce qu'il ne faut pas confondre le petit cercle aulnaysien qui s'intéresse de plus près à la politique
et la grande majorité des électeurs aulnaysiens.

Quant à savoir si sa personnalité est suffisamment fédératrice, j'avoue que je n'en sais rien. J'ai toutefois remarqué que beaucoup de "ses amis du Parti radical" n'ont pas eu l'air de faire une
campagne très active en sa faveur. Mais est-ce dû à sa personnalité, à quelques rancoeurs ou à de vagues calculs politiciens ?

Pour finir tu me dis que tu aurais aimé un article "moins clivé". A partir du moment où je m'appuie d'abord sur des chiffres et des faits, je ne vois pas en quoi mon article pourrait être "clivé".
Mais peut-être que ces faits et ces chiffres ne cadrent pas tout à fait avec une lecture peut-être un peu "clivée" de mon article.

Quoiqu'il en soit, je te remercie pour ton commentaire que je crois sincère. Mais cela ne veut pas dire qu'il soit forcément exact.

Mais je salue ton initiative et suis prêt à continuer à débattre avec toi.

Bien cordialement.


David Burlot 29/03/2011 19:02


De nombreuses choses sont à signaler dans ce billet.
Tout d'abord pour être exact ce n'est pas 20% des électeurs aulnaysiens qui ont voté pour Gérard Ségura. C'est même moins puisqu'il s'agissait de la cantonale nord. Aussi faire une avalanche de
conclusion sur une élection engageant une seule partie de la ville et sur une orientation locale me permet de dire que de nombreux items suivants sont inexacts ou tronqués.
Ainsi une seule personne sur les cinq que je vais croiser aurait mis un bulletin PS dans l'urne. Et ... avec un taux d'abstention record, local, départemental et national. Je ne connais pas
beaucoup d'élu qui peuvent se satisfaire d'une élection avec aussi peu de votant.
De plus avec ce genre d'argument qui peut entrainer une discussion sans fin sur la non-représentation de la volonté du peuple par ses élus on tend à faire croire ici que 80 % n'ont pas "été
sensibles" au argument du candidat élu. Sauf qu'il faut une majorité, une représentation. Nicolas Sarkozy a été élu par 53,06% des suffrages exprimés et 42,68% des électeurs inscrits. Il n'en reste
pas moins qu'il est légitime.
Reprenons point par point:
point 1- voie miraculeuse près d'un millier d'électeurs supplémentaire. Il s'agit tout simplement d'un travail laborieux et formidable des militants et sympathisants du parti socialiste que je dois
saluer une nouvelle fois.

point 3- 80% des suffrages exprimés et sur les sciences politiques. Je crois lire entre les lignes que l'auteur met en doute la légalité de tels chiffres. Ou peut-être pense-t-il que l'électeur des
quartiers nord ne comprend pas ce qu'on lui demande lors d'un vote ?
Pour mémoire en 2007, l'ANRU est balbutiant. On ne peut pas remercier M. Gaudron ou ... l'état. En 2007 Ségolène Royal fait 85% à Jules Ferry.
De plus 14 bureaux donnent des chiffres d'environ 70 % ou plus à Gérard Ségura pour une participation plus faible en moyenne (33,5 contre 35,2 sur le canton). Mais que dire des résultats de Frank
Cannarozzo sur Solbès, Fontaine des près ou école du bourg avec des taux d'environ 65 % sur 6 bureaux avec des taux de participation à 41,5 contre 35,2. Faut-il aussi y souhaiter, je cite, "une
étude approfondie des mécanismes ..."

point 5 une politique intelligente et équilibrée entre les différents quartiers.
Comment en lisant le point 3 peux-t-on écrire ensuite que l'on veut apaiser les craintes liées à un risque de dégradation du cadre de vie. Mettre en doute la validité ou le choix des électeurs du
nord pour ensuite faire croire que la main sur le coeur on ne cherche qu'à rassembler les quartiers.
C'est entre autre en construisant une ville plus équilibrée que l'on peut y arriver. C'est en cassant les grands ensembles. La dégradation du cadre de vie existe mais qui en souffre le plus. Celui
qui ne peut se loger correctement.

point 7,8 et 9
J'ai mis mon doigt en l'air, et j'ai senti d'où venait le vent. comme le candidat Cannarozzo entre les deux tours, on cherche des arguments locaux ou nationaux à cette élection afin que cela
permette une conclusion dirigée.
Une fois il s'agit de l'abstention qui défavorise la droite, une autre fois c'est l'orientation des verts locaux qui donnent lieu à des variations électoralistes

point 10
le déficit de notoriété du candidat. C'est l'ancien adjoint à la sécurité, qui laboure le terrain qui se présentait. Je crois plutot que sa personnalité ne fédère pas vers lui les votes de ces
ainés (Abrioux, Gaudron).

En conclusion, j'aurai aimé lire un article moins clivé.