Le Billet de Veritis

Publié le 10 Décembre 2010

S’inspirer du Bouthan ?

 

J’ai toujours nourri une certaine affection pour les civilisations d’Orient avec ce que cela peut signifier de raffinement, de distinction et de sagesse.

 

A l’heure où l’on s’interroge donc sur les effets d’une société matérialiste en proie à la violence, à la drogue et à une certaine forme de déshumanisation, il m’a paru intéressant d’ouvrir une fenêtre sur un tout petit pays de 700 000 habitants, le Bouthan, situé entre l’Inde et la Chine, qui a érigé en principe la recherche non du P.I.B. (Produit Intérieur Brut) mais celle du B. N. B. (Bonheur National Brut).  Qu’est-ce donc que tout cela ?

 

Des idées très simples. Quand nous sommes prisonniers d’un embouteillage dans nos voitures, nous consommons de l’essence en pure perte, mais cela participe du P.I.B. Quand nous sommes victimes d’un vol, nous mettons à contribution notre assureur et cela participe aussi du P.I.B.  Quand l’alcoolisme et la prise de drogue conduisent directement à l’hôpital, cela participe encore du P.I.B. Quand la délinquance nécessite le déploiement de policiers ou la construction de prisons, cela participe toujours du P.I.B. On pourrait multiplier les exemples à l’infini….

 

C’est la raison pour laquelle une commission réunie par N. Sarkozy en 2007  et dirigée par deux prix Nobel d’économie (J. Stiglitz et A. Sen) et un économiste français ((J.P.Fitoussi)  s’est penchée sur les limites de cette notion en proposant différentes pistes d’évolution. Celles-ci, réunies en une série de critères, font en ce moment l’objet de débats au sein de l’Union Européenne. Parallèlement l’OCDE a mis sur les rails un « projet global » dont le but affiché est « d’aller au-delà du P.I.B. ». Les Britanniques de la New Economics Foundation ont développé le « Happy  Planet Index », les Canadiens l’ « indice du progrès authentique » et aux Etats-Unis, un nouveau système baptisé « state of the USA » propose des centaines d’indicateurs clés touchant à la santé, l’éducation, l’environnement, le crime, l’énergie, etc. Gadget ou véritable ouverture vers un dépassement des contradictions de notre système ?

 

Quoi qu’il en soit, le B.N.B. Bouthanais, mis au point par le Centre des Etudes bouthanaises, se distingue par le vaste éventail des domaines explorés, au  nombre de neuf – bien-être psychologique, environnement, santé, éducation, culture, niveau de vie, usage du temps, activités sociales et bonne gouvernance – qui sont analysés à l’aide de 72 indicateurs agrégés en un indicateur unique qui sert de référence à la politique menée dans le pays.

 

Il n’est pas question de comparer ce qui n’est pas comparable, mais il y a certainement des enseignements à tirer d’une telle vision.

 

Un travail épanouissant, un habitat à visage humain, un environnement préservé, une nature respectée, un accès à la culture facilité, une santé physique et psychique préservée, une éducation et des liens sociaux de qualité, des services publics au service de tous, une gouvernance équilibrée et respectueuse des citoyens.  N’est-ce pas au fond tous les thèmes qui seront abordés par l’Agenda 21 ? Et si l’on passait alors des discours aux actes ?

 

Pourquoi alors, pour symboliser une telle démarche, ne pas jumeler Aulnay-sous-Bois avec Timphu, la capitale du Bouthan qui ne compte que 100 000 habitants ?  Une idée parmi d’autres, à condition qu’elle ne soit pas un gadget de communication, mais bien un engagement sincère et exigeant au service d’une certaine vision de la vie en société. Une façon de se projeter dans ce XXI ° siècle naissant, en tenant compte des errements du passé et des exigences du futur.

 

Et si on se souciait à travers ce geste de dégager les voies et moyens d’une sorte de  « Bonheur Municipal Brut » ? 

 

Vous avez dit « utopie » ? Pas si sûr ! Peut-être simplement, sur la base d’une véritable conscience des enjeux de demain, une sorte de « révolution culturelle ou spirituelle » nouvelle manière ?

 

 

Veritis.

 

Source : Ursula Gauthier. Le Nouvel Observateur du 2 décembre 2010.

 

Rédigé par Veritis

Publié dans #Le Billet de Veritis

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Veritis 13/12/2010 00:04


@ Didier,

Merci pour votre commentaire.

J'y souscris bien volontiers.

J'ai déjà eu l'occasion dans un de mes billets précédents de pointer du doigt les relations dialectiques entre "individu" et "société". A vrai dire la société n'étant qu'une somme d'individus, rien
ne peut se faire si on ne raisonne pas d'abord au niveau de l'individu. C'est seulement à partir de là que l'on peut espérer un changement de société et non l'inverse.

Mais qui dit individu, ne veut pas forcément dire individualisme.

L'individualisme n'est qu'une perversion narcissique de l'individu, un reste des civilisations primitives où l'autre pouvait apparaître comme une menace ou un obstacle.

Seul un véritable individu (c.a.d. celui qui n'est plus divisé) peut faire "société" et donc être capable, s'il le désire, de faire preuve de solidarité.

Bien cordialement.

Veritis.


didier 11/12/2010 11:04


bien sûr cette philosophie relêverait à première vue du domaine de l'utopie mais à y réflêchir, notre système actuelle basé sur le matérialisme commence à se gripper et montrer des signes
d'alerte.
L'humanisme n'apparait plus qu'à l'occasion de manisfestations médiatiques comme le téléthon ou sidaction, alors que la plus part du temps, nous ignorons notre voisin de palier ou de maison.
Une famille s'épanouira ainsi à concevoir un bonhomme de neige mais oubliera de déneiger le trottoir de son voisin senior, incapable de la faire lui-même.
La solitude dans la mutitude n'est pas un vain mot et doit être un défi qui n'appartient pas qu'aux Politiques à relever.
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