L'Odyssée des cantonales (43) : la Seine-Saint-Denis dans le piège des emprunts toxiques (4/4)

Publié le 25 Mars 2011

Le 24 janvier dernier, le taux d'intérêt sur un prêt de 10 millions d'euros consenti à la Seine-Saint-Denis est passé de 1,42 % à 24 %. La bombe à retardement des emprunts toxiques s'est enclenchée  et menace le département d'énormes pertes potentielles.

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L'Etat mal à l'aise sur la question

L'Etat, enfin, n'est pas épargné pour sa mollesse sur ce front. Peut-être parce que, comme l'indiquait le gouvernement en réponse aux critiques de la Cour des comptes sur ce sujet dans son rapport général 2009, l'endettement local est "largement disséminé" et ne représente qu'un "risque globalement diffus" et en tout cas pas "systématique". "Nous suivons cette question avec beaucoup d'attention", insiste Philippe Richert, le ministre des Collectivités territoriales, mais les ministères se retranchent vite derrière la "libre administration" accordée par la loi de décentralisation de 1982, et le respect de contrats d'ordre "privé". Même des professionnels de la finance s'étonnent que l'Autorité des marchés financiers (AMF) ne se soit jamais autosaisie de la question. "Actionnaire important de Dexia, l'Etat a longtemps fait le choix de fermer les yeux. Mais, après 2008, cela n'était plus possible", souligne-t-on du côté de l'Association des maires de grandes villes de France.

Les Finances et l'Intérieur ont donc confié à l'inspecteur général des Finances, Eric Gissler, la mise au point d'une charte de bonne conduite entre banques et collectivités territoriales, publiée en décembre 2009, et une circulaire de juin 2010 impose désormais davantage de transparence sur ces opérations. "C'est un peu tard, ironisent les élus, car ce n'est plus le sujet : ce modèle économique s'est écroulé !" Pour tous, le problème est le stock de dettes. Le Parti Socialiste a monté un groupe de travail sur une société de défaisance, à l'américaine, pour y isoler ces dettes toxiques, à laquelle l'Etat apporterait évidemment son financement. Mais pour le moment, du côté de Bercy, "c'est silence radio !". Ces emprunts sont décidément toxiques pour tout le monde.    

Source : Daniel Bastien Les Echos du 21/02/2010

 

Rédigé par Aulnaylibre !

Publié dans #L'Odyssée des cantonales

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Le financier éclairé 25/03/2011 19:41


@ Stéphane,

Bravo pour cette reprise de l'article des Echos, au sujet des emprunts toxiques !

Bien évidemment, tous ces enjeux ont été passés soigneusement sous silence, par notre candidat sortant...

Tout cela m'inspire plusieurs remarques :

1. Pour la structure de défaisance on a déjà donné avec le Crédit Lyonnais du temps des socialistes... Cela nous a coûté autour de 100 milliards de francs soit 15 milliards d'euros d'aujourd'hui.Il
est vrai qu'il y avait déjà des affairistes autour du parti socialiste. Décidément, le monde est bien petit...

2. Défaisance, ça veut dire aussi se défaire ou refiler la patate chaude de ses propres turpitudes à un ensemble de contribuables plus grand, c'est-à-dire l'Etat. Se défaire des problèmes que l'on
a soi-même crées, directement ou indirectement, est effectivement une attitude très responsable... de la part de nos amis socialistes !

3.Il est piquant que ce soit l'"exécutif" communiste et la majorité "socialiste et communiste" qui se soit laissée prendre à ce petit jeu. Vitupérer contre les spéculateurs, mais faire soi-même de
la spéculation, sans vraiment y comprendre quelque chose apparemment...Cela serait assez cocasse s'il ne s'agissait apparemment de dizaines voire de centaines de millions d'euros pour le
département.

4. On peut déduire de tout cela que ce ne sont pas seulement les électeurs qui sont pris souvent pour des gogos, mais aussi parfois les élus.

5. Personne n'est obligé de se présenter à une élection et encore moins d'être élu. Mais quand on est élu, par définition on est responsable des choix financiers et budgétaires de l'instance dans
laquelle on est élu. Si l'on n'est pas compétent en la matière, on se forme...ou alors on laisse sa place à des gens plus compétents.

6. Un élu n'a pas à déléguer sa responsabilité dans la gestion des affaires publiques à des technocrates ou des bureaucrates qui sont censés être éclairés, mais ne le sont pas toujours. D'ailleurs
C.Bartolone a, semble-t-il très bien réagi pour sa mairie en disant tout simplement: "Moi, quand je ne comprends pas, j'y vais pas". Je ne sais pas si c'est vrai, mais c'est déjà un début de
sagesse...

7. De toutes façons ce n'est pas si compliqué. Il faut savoir si on est près à faire des économies à court terme contre de gros risques à long terme que l'on sera incapable d'assumer ! Mais ce
n'est pas grave...c'est le con-tribuable qui paiera !

8. On se demande s'il ne faudrait pas que les gestionnaires publics soient redevables de leurs erreurs de gestion, sur leurs propres deniers. Je crois que si c'était le cas, ils feraient beaucoup
plus attention à ce qu'ils font...

Merci, Stéphane d'avoir mis tout cela en lumière !

C'est sûr que ce n'est pas dans Oxygène qu'on aurait pu trouver, ne serait-ce qu'un entrefilet, sur ces fameux emprunts toxiques qui vont polluer tous les prochains budgets du département.

Dormez braves gens ! On vous sonnera quand vous devrez casser votre tirelire. Si vous avez encore une tirelire...