L'Odyssée des cantonales (35) : la Seine-Saint-Denis dans le piège des emprunts toxiques (1/4)

Publié le 23 Mars 2011

Le 24 janvier dernier, le taux d'intérêt sur un prêt de 10 millions d'euros consenti à la Seine-Saint-Denis est passé de 1,42 % à 24 %. La bombe à retardement des emprunts toxiques s'est enclenchée  et menace le département d'énormes pertes potentielles.

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L'écho lointain d'un souvenir a allumé en lui une alerte "presque inconsciente". "Quand j'ai pris ici, en 2008, mes fonctions de président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, j'ai été saisi d'un petit doute lorsque le responsable financier m'a annoncé : "La gestion de la dette du département est à un taux remarquablement bas". C'était presque suspect", raconte Claude Bartolone dans son bureau de Bobigny. "M'est alors revenue en mémoire une visite de Dexia en 2001, lorsque j'étais à la mairie du Pré-Saint-Gervais, qui m'avait proposé un réaménagement de la dette de ma commune. C'était attractif mais je n'y comprenais rien, j'ai donc refusé."

Quelques années plus tard, l'élu prudent est rattrapé par l'histoire. Et, surtout, par la gestion communiste qui l'a précédé. L'audit du début de mandat révèle un stupéfiant record : 92,96 % des 930 millions d'euros (ce taux est de 72 % aujourd'hui) de la dette du département le plus pauvre et parmi les plus endettés de France sont des "emprunts structurés", ces produits financiers complexes, indexés sur des variables monétaires ou de taux et agissant comme des bombes à retardement lorsque leur taux s'envole en cas de changement de tendance. Avec leurs relents de "subprime", leur sobriquet d'"emprunts toxiques" n'est pas volé, reconnaissent d'ailleurs les experts.

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Le staff de Claude Bartolone en fait aujourd'hui concrètement l'amère expérience. Le 24 janvier, la mécanique infernale de la toxicité s'est mise en route. Le taux d'intérêt sur un prêt de 10 millions d'euros est brutalement passé de 1,42 % à 24 %, générant un surcoût de 1,5 million d'euros. Et les 63 contrats "à structure" souscrits par l'équipe précédente sur de longues années font craindre le pire. "La perte potentielle maximale est actuellement estimée à 280 millions d'euros, soit près du tiers de notre stock de dettes" explique Jean-Luc Porcedo, directeur de cabinet de Claude Bartolone. "Cela fait environ 30 millions d'euros par an, soit le coût de la construction d'un collège", regrette le patron du département. Ce qui tombe mal.

Le plan "21 collèges pour le XXIe siècle" projette la construction de 6 établissements en cinq ans... " En 2008, on savait que l'endettement du département était maximal, mais je n'aurais jamais imaginé cela", ajoute-t-il. Si on n'en est pas arrivé au cas de figure du comté d'Orange, en Californie, dont la faillite retentissante, après avoir investi dans des produits exotiques liés aux taux d'intérêts, a fait le tour du monde en décembre 1994, ce département à la population si fragile n'échappera pas à un douloureux tour de vis.

"Nos dépenses sociales explosent et représentent déjà 1 milliard d'euros sur 1,6 milliard de budget annuel, dans lequel plus de 80 % des dépenses sont obligatoires. Notre budget d'investissement n'est que de 200 millions, et nous sommes tenu à 40 millions d'autofinancement minimum. Nous n'avons aucune marge de manœuvre. Nous en sommes à 10 millions près pour boucler notre budget", indique Philippe Yvin, directeur général des services de Seine-Saint-Denis.

A suivre épisode 2 : des milliers de collectivités concernées...

Source : Daniel Bastien Les Echos du 21/02/2010

Rédigé par Stéphane Fleury

Publié dans #L'Odyssée des cantonales

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L'observateur éclairé 23/03/2011 14:50


C.Bartolone n'est sûrement pas responsable des emprunts toxiques contractés avant son accession à la Présidence du Conseil général, puisqu'il ne faisait pas partie du Conseil Général. Mais ce n'est
pas le cas de son ami Gérard Ségura, Conseiller Général depuis 1998, ni de tous ses amis socialistes qui partageaient la responsabilté de la gestion du département avec les communistes.

C'est donc impropre de dire "équipe précédente" ou "gestion communiste" car il s'agit dans tous les cas de majorité communiste et socialiste. La façon dont les communistes et les socialistes se
partagent entre eux les postes ne change rien à l'affaire.

G.Ségura ne peut donc s'exonérer des actes de mauvaise gestion posés par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis sous prétexte qu'il aurait été à "direction communiste" de fait. Sinon, à quoi
sert un Conseiller général ? Et qu'aurait été cette fameuse "direction communiste" si les socialistes n'avaient pas voté "comme un seul homme" tous les budgets du département ? Tout simplement
inexistante.

Alors, il est trop facile, aujourd'hui, de dire :"On ne savait pas. Tout cela était trop compliqué..."Non, il suffisait de se renseigner ou tout simplement faire son travail.

Mais peut-être que les Conseillers généraux socialistes, Monsieur Ségura, en tête, auraient eu besoin de séances de formation ou de mise à niveau, en matière de gestion financière et
budgétaire...

Tout cela augure assez mal de la gestion budgétaire à venir de la Ville d'Aulnay. Alors mieux vaut être prévenu ! Après, il risque bien d'être trop tard!