En route vers 2012 (8) : Comment voyez-vous l'année 2012 ? Ça passe ou ça casse !

Publié le 28 Décembre 2011

2012Comment voyez-vous l'année 2012 ? C'est ce que le journal Ouest-France a demandé à Catherine Lubochinsky, directrice du master professionnel de finance de l'université Paris II-Panthéon-Assas et économiste de renom. De son point de vue, l'économie en 2012 : "Ça passe ou ça casse ! "

Quelles sont les perspectives pour l'économie française ?

En 2012, ça passe ou ça casse ! Et j'ai pour l'heure du mal à trouver des raisons d'être optimiste. Le risque majeur cette année, c'est la spirale infernale des contagions avec la détérioration des finances publiques, la dégradation des notes décernées par les agences de notations, la hausse insupportable des coûts financiers, la dégradation du bilan des banques et la chute de la croissance.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Depuis vingt ans, dans le monde occidental, le partage des richesses créées s'est fait au détriment des salaires. Pour compenser, les banques ont encouragé l'endettement en titrisant les créances. Aujourd'hui on emprunte pour prêter. Les banques sont prises en étau. On leur demande à la fois de renforcer leurs fonds propres, de vendre leurs actifs à risque et de continuer à financer l'économie. C'est ce que l'on appelle, en finance, un triangle d'incompatibilité.

Peut-on se passer des banques ?

C'est impossible ! L'économie européenne est financée à 75 % par les banques. La crise, en Europe, a coûté 20 % de point de dette du produit intérieur brut (PIB) en plus, selon les pays. Cette crise de dette privée est devenue une crise de dette publique. La sphère financière a pris le contrôle du monde occidental.

Pourquoi les Etats ne sont-ils pas intervenus plus tôt ?

Les hommes politiques ne comprennent pas la finance. Sur les marchés financiers, on cherche toujours d'où vient le risque. On essaie d'anticiper et l'action engendre la réalisation. Les Etats auraient dû interdire aux agences de les noter. Comment des entreprises privées, comme ces agences, peuvent-elles imposer leur diktat à des gouvernements démocratiquement élus ? Il aurait fallu confier cette fonction au Fonds monétaire international (FMI).

Alors, comment trouver des leviers pour relancer la croissance ?

D'abord agir au niveau européen. Depuis dix ans, l'Europe a plongé dans un individualisme dangereux, les individus comme les pays. Dans quinze ans, la Chine sera la première puissance économique. Le seul moyen de jouer notre rôle, c'est de parler d'une voix solidaire et unie. Seule la Banque centrale européenne (BCE) peut intervenir et acheter massivement des dettes. L'Europe doit mettre en place un vrai budget européen. La solution est politique, c'est le fédéralisme. N'oublions jamais que nos pères ont crée l'Europe afin qu'il n'y ait plus jamais de guerre.

Et en France ?

Traquons les dépenses inefficaces : les paradis fiscaux, certaines niches fiscales. Il faut augmenter la TVA, comme l'Allemagne qui l'a augmentée de trois points. Même s'il n'est pas redistributif, c'est l'impôt qui a la plus forte rentabilité et qui, surtout, agit sur tous les produits importés. Pour préserver ces richesses et notre croissance à long terme, il faut surtout un véritable projet politique : quelle sécurité sociale, quel marché du travail, quelle éducation voulons-nous ? Nous avons en France les infrastructures, la santé, l'éducation, parmi les meilleures au monde. Il faut le savoir, les protéger, les utiliser à bon escient et ne pas en abuser.

Source : Frédérique Jourdaa. Ouest-France du mardi 27 décembre 2011

Rédigé par Aulnaylibre !

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