Driss Aïch, ancien ouvrier de PSA et habitant de la Rose des Vents à propos de la fermeture de l’usine d’Aulnay-sous-Bois : « il va y avoir de la misère dans le quartier »

Publié le 2 Octobre 2012

Un jour, la nouvelle est arrivée au village, perdu dans la montagne marocaine : il y avait du travail en France. Driss Aïch avait 22 ans, et comme des dizaines de jeunes des environs, il est parti. D’abord à Casablanca, à la « main-d’œuvre », les bureaux marocains chargés du recrutement. Puis Driss a embarqué sur un bateau à Tanger, a rejoint l’Espagne, et le train l’a conduit jusqu’à la gare Austerlitz à Paris. C’était en 1968.

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« A l’arrivée, il y avait quelqu’un de
Citroën qui nous attendait, et qui nous a emmenés », raconte le retraité âgé de 67 ans, dont trente passés dans les ateliers de PSA Aulnay. Lorsqu’il fait beau, Driss descend de son appartement de la Rose-des-Vents pour retrouver les amis, parmi lesquels Hedy Selmi, un autre retraité de l’usine. Difficile pour eux d’imaginer la disparition de cette usine, dont Driss fut l’un des premiers ouvriers en 1973.

Il n’a posé ses valises dans le quartier, avec femme et enfants, qu’en 1982. Il avait réussi à obtenir un appartement grâce au coup de pouce d’un chef de l’usine. « Le quartier était bien, il y avait beaucoup de demandes. » Avant cela, Driss avait habité au « foyer Citroën » de Saint-Denis, puis à Asnières, non loin de la fonderie de Clichy-la-Garenne où il travaillait à son arrivée en France : « C’était très dur, tous les jours, il y avait des gens qui partaient à l’hôpital! » Les débuts à l’usine d’Aulnay furent à peine moins éprouvants. Driss maniait les « pinces à points », une dans chaque main, pour réaliser les soudures. Une épreuve physique dont se souviennent avec effroi les plus anciens, et qui a disparu dans les années 1980 avec l’automatisation.

Hedy Selmi, lui, était arrivé de Tunisie en 1969, d’abord pour travailler dans la coiffure. Son frère était déjà chez Citroën. « Il habitait au bidonville de Saint-Denis, il n’y avait pas de chauffage, rien! Je n’ai pas voulu m’installer là. » Hedy est entré à l’usine d’Aulnay le « 12-6-78 », récite-t-il comme un matricule. Un diplôme de soudure en poche, il a travaillé sur les charnières des voitures, puis à la « conduite », pour ranger les véhicules sur le parking. « Le boulot était dur, mais on avait le courage de le faire », assure-t-il. Hedy a fait entrer son fils à l’usine, comme intérimaire : « Ils n’embauchaient plus, alors il est parti. De toute façon, il ne voulait pas travailler à la chaîne. Maintenant, il conduit des camions. »

Les anciens évoquent leurs souvenirs avec retenue : la grande grève de 1982, pour « demander des augmentations de salaire », l’ambiance chaleureuse des débuts, les médailles du travail obtenues pour vingt, trente années d’ancienneté… Driss était venu dans l’idée de « ramasser un petit peu d’argent, bien travailler et rentrer au Maroc ». « On dit qu’on veut rentrer, mais on ne sait pas quel jour », glisse-t-il dans un demi-sourire confus. Il n’est jamais rentré, comme les dizaines d’anciens de PSA qui peuplent la cité. Quand on évoque la disparition de l’usine, son regard s’assombrit : « Il va y avoir de la misère dans le quartier. »

Source article et photo : Gwenaël Bourdon. Le Parisien du lundi 1er octobre 2012.

Rédigé par Aulnaylibre !

Publié dans #Emploi

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