Des chibanis médaillés à Clichy-sous-Bois

Publié le 7 Janvier 2014

chibanis-clichy-sous-bois.jpgIls ont prévenu leurs proches et prévu de mettre leur costume, mais ils ne savent pas si tous les invités pourront être là à l’heure. « Ça commence à 19 heures, c’est ça? Ça fait tôt pour mes enfants qui travaillent dans le sud de Paris », souffle Saïd Lounis. Ce retraité, arrivé de Kabylie en 1961 et clichois depuis plus de trente ans, en aurait presque le trac à l’idée de prendre un micro en public. Il n’a pas l’habitude d’être au centre des célébrations, pas plus que Mohamed Khelifa ni Mohamed Mansouri, respectivement 80 et 83 ans. Ce sont pourtant ces chibanis des Bois-du-Temple que la ville de Clichy a décidé de mettre à l’honneur en leur remettant ce soir* et en présence du ministre de la Ville, François Lamy, la médaille de la ville. Ahmed Beraïch, arrivé du Maroc en 1975, fondateur et président de la maison des sages qui vit sur le Plateau de Clichy-sous-Bois, est le quatrième chibani qui sera médaillé ce soir.

Ils ne seront pas seuls, puisque une demi-douzaine d’acteurs locaux sont distingués. Cependant, à Clichy-sous-Bois, des chibanis invités sur l’estrade de l’Espace 93 pour une telle occasion, c’est une première. « La municipalité a tenu à les remercier pour ce travail de mémoire qu’ils ont mené avec le lycée Alfred-Nobel depuis 2012, explique le maire (
PS), Olivier Klein. Clichy-sous-Bois compte beaucoup de personnes âgées issues de l’immigration qui ont compté dans la reconstruction de la France. » L’énumération des chantiers auxquels les trois lauréats du jour ont participé en donne une petite idée : le quartier d’affaire de La Défense, l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, l’hôpital Bichat, le Festival de Cannes et même le quartier des Bois-du-Temple, où ils ont tous posé leur valise et élevé leurs enfants il y a plus de trente ans.

Ils n’en font pas grand cas de cette vie de labeur. « Je ne sais ni lire ni écrire », confie presque d’emblée Mohamed Mansouri, qui ne parlait pas un mot de français lorsqu’il a débarqué d’Algérie en 1949. Il se souvient précisément de son arrivée en gare de Paris « à 11 heures du matin », « il y avait beaucoup de monde et de l’indifférence. Moi, je venais d’un lieu-dit avec trois rues et l’une que les Français nous interdisaient de traverser ». Pour chacun, l’arrivée en France reste gravée comme dans le marbre. Mohamed Khelifa cite encore le nom du patron de bar qui l’a aidé à manger et à se loger les premiers temps dans le quartier de la Goutte-d’Or, à Paris. « Je suis fier d’avoir réussi ma vie, d’être en bonne santé, et je n’ai aucun regret! » conclut celui qui fait figure de pilier parmi ces anciens des Bois-du-Temple. Depuis dix ans, il accueille ses amis dans son box pour passer le temps autour d’un thé. Sur les murs, il a mis une vieille carte d’Afrique et divers collectors de cette longue vie d’immigré. L’endroit est un peu frais, surtout l’hiver, mais c’est là que tous se retrouvent en attendant de s’installer dans un local prêté par le bailleur pour cette nouvelle association d’entraide qu’ils ont créée.

« Ils ont l’histoire entre leurs mains, cette histoire, c’est celle de nos parents, de nos enfants, ce sont un peu nos poilus! » commente Fayçal Bouricha, élu municipal et vice-président de l’agglomération (EELV) qui aimerait maintenant qu’une autre décoration soit épinglée à la boutonnière de ces anciens : la Légion d’honneur.

* Ce soir à l’Espace 93, à partir de 19 heures, à l’occasion des vœux de la municipalité.

Source : Le Parisien

Rédigé par Aulnaylibre !

Publié dans #93 Infos

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Moi 29/11/2018 15:47

Romuald,

Votre mémoire historique semble sélective, et remplie de frustration.

Mettez votre haine ailleurs.

Romuald Weymann 07/01/2014 12:07

Les Municipales approchent.

Les chibanis sont arrivés dans les années '60, '70, mais avant eux ce sont des myriades d'Italiens, Espagnols, Polonais, Portugais qui sont arrivés, et qui ont eux aussi dû apprendre la langue, se
sont eux aussi intégrés, voire se sont carrément assimilés; et eux aussi ont participé à la reconstruction du pays, comme des tas de Français, du reste. Sans oublier les Pieds-Noirs ou même les
Indochinois, les Malgaches, les autres Africains (venus plus tardivement me semble-t-il) etc.

Pourquoi une médaille aux chibanis et pas aux autres dans ce cas ?
« Une médaille pour tous ! »