2011 : Seine-Saint-Denis : L’odyssée des Cantonales (27): Les délices du budget du Conseil général…(1/2)

Publié le 18 Mars 2011

Les budgets c’est ennuyeux. Et même très ennuyeux ! Vous ne le savez peut-être pas mais l’origine du mot est française.  Il vient de « bougette » qui était cette petite bourse que l’on portait avec soi, quand il n’y avait pas d’euros mais des sous ou des écus.

 

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Et c’est bien parce que c’est si ennuyeux que personne, ou à peu près, ne les lit. Sauf les Conseillers généraux bien sûr !...

 

Alors la « bougette » de fonctionnement du département de la Seine-Saint-Denis est-elle si petite que cela ? Nous l’avons déjà dit, le département est fort endettée : Plus de 900 Millions d’euros dont plus de 700 dits toxiques !

 

Mais quel est le budget de fonctionnement ?

 

Prenons par exemple celui de 2009.

 

Il s’élevait à 1, 5 milliards d’euros. On peut en faire des choses avec une telle somme !

 

Prenons pour l’instant les deux premiers postes de ce budget :

 

1.     Frais de personnel : 20 % soit  301 Millions €  pour 8 277 personnes payées ce qui représenterait si ce chiffre correspond bien à l’effectif total une rémunération moyenne (charges comprises) d’environ 36 000 € par an soit 3 000 € par mois.

 

2.     Enfance et famille : 18 % soit 269 Millions €  dont 219 Millions pour l’aide sociale à l’enfance.

 

L’effectif total dédié à ce poste représente 2 698 agents (soit 36 % de l’effectif), hors assistants familiaux (597)

 

600 postes sont dédiés à la protection de l’enfance, dont 360 en circonscription. Il  s’y ajoute en outre 597 assistants familiaux. Les dépenses de personnel sont évaluées à  23 M€.

 

Comment se décomposent ces 219 M € ?

 

Prévention spécialisée :  ……………… 13 M€

Accompagnement :……………................ 43 M€

Accueil en structures collectives :…113 M€

Accueil familial :…………………………… 50 M€

 

-          La prévention spécialisée est assurée par 9 associations, dans 55 quartiers de 25 villes.  Elle consiste à prévenir la marginalisation et à faciliter l’insertion et la valorisation des jeunes et de leurs familles. Elles s’adressent aux jeunes en difficulté et concernent 9 383 jeunes suivis grâce à des actions collectives et 7027 suivis grâce à des actions individuelles.

 

-          L’accueil en structures collectives  concerne 2 198  enfants et jeunes pour un coût global de 113 M€ soit un coût par enfant ou jeune de 50 000 €. (soit 4 000 € par mois env.) Ces coûts paraissent extrêmement élevés si on les compare aux coûts classiques d’une scolarité.

 

-          L’accueil familial concerne 2039 enfants et jeunes pour un coût global de 50 M€.

 

Ce coût se partage entre :

 

. 36 M € correspondant à 597 assistants familiaux et 1 321 enfants ou jeunes placés (soit un coût moyen annuel de 6O 000 € par assistant familial et de 27 000 € par enfant ou jeune) ;

. 12 M € pour les placements familiaux spécialisés correspondant à 316 enfants et jeunes (soit un coût par  enfant ou jeune de 38 000 €) ;

. 2 M € pour des  parrainages de faible coût correspondants à 402 enfants ou jeunes.

 

 

Que peut-on conclure de ces chiffres ?

 

Tout simplement qu’un dispositif qui concerne un peu plus de 4 000 jeunes coûte la bagatelle de  163 Millions € soit environ 40 000 € par jeune et par an. 

 

On mesure ainsi le coût social faramineux qui correspond à une enfance ou une jeunesse en déshérence dans une situation où, pour l’essentiel, les parents ont démissionné par rapport à l’éducation de leurs enfants.

 

Il n’est pas question bien sûr de laisser une telle jeunesse à l’abandon. Mais on peut tout de même s’interroger sur l’impact sur les finances publiques de telles carences familiales.  

 

 

Nous aborderons les autres postes du budget dans un prochain article.

 

 

 

 

 

Rédigé par Aulnaylibre !

Publié dans #L'Odyssée des cantonales

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Romuald Weymann 23/03/2011 11:00


Je m'étais promis de laisser un commentaire sur ce billet, mais la procrastination n'est pas bonne conseillère.

Tout d'abord, superbe travail citoyen, ce qui prouve que la lecture de blogs peut s'avérer très utile en terme d'information.


Ensuite, les dépenses conséquentes adressées à un nombre finalement réduit de jeunes peu élevés confortent l'analyse faite dans un article de Marianne intitulé « Exclusif: les banlieues masquent
les vraies fractures françaises » http://www.marianne2.fr/Exclusif-les-banlieues-masquent-les-vraies-fractures-francaises_a198742.html

Le constat y était en effet le même.
A Villiers-sur-Marne (94), les habitants d'un quartier classé sensible (ZUS Hautes-Noues) bénéficient d'un plan de réhabilitation du quartier équivalent à 12.000€/habitant, là où un quartier de la
banlieue de Verdun, où le revenu moyen des habitants est de 20% moindre que celui des habitants de la cité Hautes-Noues, ne se voit attribué dans le cadre d'un Contrat de la ville, qu'une enveloppe
de 12€/habitant (!!!)..
De même, les infrastructures sociales, sportives, culturelles sont bien plus développées dans cette ZUS de Villiers-sur-Marne, ajouté à un réseau de transport plus développé, que pour ce quartier
défavorisé de Verdun.

Pourtant, celui-ci fait finalement très peu parler de lui en terme d'émeute, alors qu'au contraire des émeutes avaient frappé les Hautes-Noues (cf le documentaire d'Arte La tentation de l'émeute,
tourné précisément dans cette ZUS).


Cela me fait également penser aux émeutes ayant frappé le quartier Villeneuve, à Grenoble, au cours de l'été 2010, suite à la mort brutale d'un braqueur ayant grandi dans ce quartier.
Le maire PS, interviewé par l'Express, s'était vu demander si ce quartier était délaissé. Le maire s'était alors aussitôt exclamé que, non non, ce quartier, récent, bénéficiait au contraire d'un
dense tissu social et qu'il bénéficiait de réguliers programmes de réhabilitation.
En revanche, il accusait la baisse des effectifs policiers... Source http://www.lexpress.fr/actualite/grenoble-on-trouve-des-kalachnikovs-a-200-euros_907470.html

Pourquoi un quartier bénéficiant de tant de structures sociales, culturelles, sportives, devrait être particulièrement surveillé, si on nous martèle que la délinquance est directement liée à la
précarité et à l'absence de tissu social ?
Sans oublier que, lorsque se déploient des policiers dans une cité, c'est considéré comme « stigmatisant ».


Ce qu'il se passe en Seine-Saint-Denis s'observe donc ailleurs sur le territoire français, où l'on s'aperçoit que l'attention des pouvoirs publics et les finances accordées à une population donnée
n'est pas systématiquement synonyme de paix sociale...
Ce qui pose le bien-fondé de cette stratégie.