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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 14:04
Le maire d’Aulnay-sous-Bois Bruno Beschizza s’exprime sur la faillite de l’Etat PS dans la gestion du blocage de l’A1 par les gens du voyage

Atlantico : Les événements récents ont été très choquants : fusillade dans un camp de gens du voyage mardi 25 août, faisant 4 morts dont un gendarme, suivie par une émeute de 60 gens du voyage bloquant l'autoroute A1 de vendredi soir à samedi midi, journée classée rouge par bison Futé en plein WE de retour de vacances. Les émeutiers exigeaient l'autorisation de sortie exceptionnelle du fils de l'une des victimes, actuellement emprisonné, afin qu'il puisse assister à l'enterrement. Ils ont donc employé la violence : feux de pneus et de poubelles pour barrer l'autoroute dans les deux sens, alimentés par du bois coupé à la tronçonneuse par les émeutiers.

600 personnes appartenant à la communauté des gens du voyage ont assisté aujourd'hui aux obsèques à Roye. Ce fait divers violent ne donne-t-il pas l'image d'un territoire mal protégé ?

Mathieu Zagrodzki : L'affirmation est un peu choc ! C'est sûr que c'est l'image que cela donne, c'est très médiatique. On a une démonstration de force très spectaculaire. Avec des moyens mis en oeuvre qui ne donnent pas l'impression d'être improvisés. En effet il faut un certain savoir-faire pour couper des arbres et brûler des pneus afin de couper une autoroute, qui plus est l'une des plus fréquentées d'Europe, un week-end de grand retour de vacances en plein mois d'août, alors que de nombreux Belges et Néerlandais qui ont passé leurs vacances dans le sud de la France rentrent chez eux. De là à dire que l'on fait face à des hordes sauvages incontrôlables, l'affirmation est un peu exagérée. Si l'Etat ne les a pas délogés, c'est qu'il ne l'a pas voulu. Quand on parle d'impuissance, comme beaucoup de voix à droite, de Xavier Bertrand à Marine Le Pen en passant par Karoutchi, qui s'élèvent pour dire que l'état est impuissant, il n'est pas impuissant au sens physique du terme. S'il avait été décidé de déloger ces gens-là et de les interpeller, il n'y aurait eu aucun problème de moyens, c'est une question de volonté politique. Au sommet de l'Etat, on a décidé de ne pas intervenir parce que l'on considérait que le coût de cette intervention serait trop élevée par rapport à la nuisance causée par le blocage.

Bruno Beschizza : 60 personnes bloquent une autoroute, allument des feux avec des poubelles, des palettes et des pneus, et l’Etat, la force publique, ne fait rien. Combien de personnes ont été bloquées durant près de 24 heures ? Ce fait divers donne une image d’impuissance de nos forces de police. Je ne les blâme pas. En maintien de l’ordre, c’est le Préfet qui prend la main, et dans les cas les plus sérieux ou médiatiques comme ici, c’est le gouvernement qui est à la manœuvre. Bien pire que l’image, c’est le signal envoyé qui est inquiétant. Je suis élu d’une grande ville de banlieue avec des quartiers difficiles. Demain, 60 personnes provoquent une émeute dans ma ville, est-ce à dire que là encore le Préfet demandera aux forces de l’ordre de ne pas intervenir ? Cette image, ce signal, c’est le renoncement et cela m’attriste car lorsque l’Etat renonce, c’est la République qui recule.

L'autoroute est l'une des plus fréquentées d'Europe. Les touristes se sont trouvés bloqués dans leur voiture pendant des heures, certains pendant la nuit, en raison d'un réseau secondaire lui aussi saturé. L'autoroute a été dégradée, l'impact économique de l'interruption du trafic est patent. Xavier Bertrand a demandé des "sanctions exemplaires" afin de réagir à ce blocage contraire à l'Etat de droit. Face aux enjeux humains et économiques, le gouvernement a-t-il manqué de poigne et de volontarisme?

Bruno Beschizza : C’est une très bonne question car si vous remarquez bien, le gouvernement, et notamment le Ministre de l’Intérieur est très silencieux sur la question. Vous parlez de décision politique, mais je n’ose imaginer que le gouvernement n’a pas voulu prendre de risque d’affrontements dans les médias entre des gens du voyage et des policiers alors qu’au même moment le pouvoir socialiste tenait ses universités d’été. Je veux plutôt croire qu’il y a eu une impréparation de la part de ceux qui dirigent nos forces de sécurité. Une fusillade avec un gendarme mort, c’est assez inquiétant pour qu’on mobilise des forces de sécurité à proximité. L’ont-elles été ? Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement joue l’opacité totale face à cet épisode.

Mathieu Zagrodzki : En termes humains, on est dans un contexte post-Sivens ; il y a toujours la crainte que ce genre de situation ne dégénère. Il me semble que c'est le préfet de la Somme qui a dit quelque chose comme "On ne veut pas que la situation dégénère, on préfère privilégier le dialogue", car il y a une forte sensibilité de l'opinion publique envers les bavures et violences policières. Si une situation dégénère face à plusieurs personnes déterminées, car il faut l'être pour bloquer une autoroute, elles ne vont pas se laisser faire si la gendarmerie mobile ou les CRS tentent de les déloger. Donc ils vont devoir employer des flashballs, des matraques, des gaz lacrymogènes ; ça fait mal et ça peut parfois tuer dans la pire des situations, ce que l'on a vu avec les zadistes de Sivens. Alors on bascule dans un autre reproche qui n'est plus celui de l'impuissance mais d'un Etat qui est violent et ne sait pas user de la force de façon proportionnée. Ce n'est pas pour disculper le gouvernement ou le Ministère de l'Intérieur, je trouve également choquant qu'on laisse l'autoroute du nord bloquée par 60 personnes, mais je comprends la logique qui est la leur. Eviter les morts, la casse, des échanges de coups de feu car ils sont peut-être armés. On veut éviter un massacre qui plus est devant les caméras. Il vaut mieux avoir 50 km de bouchons et une déviation plutôt que ça.

Dans ce contexte, on peut dire que l'opinion publique est soit schizophrène soit très polarisée. Il y aura toujours des gens à droite pour reprocher de ne pas les avoir délogés, affirmant que l'Etat est impuissant et ne symbolise plus l'autorité publique comme elle le devrait. S'il y a de la casse, à gauche on va invoquer les bavures policières. C'est toujours politiquement très délicat à gérer. L'autre exemple ce sont les taxis qui bloquent la porte Maillot et le périphérique. C'est la même chose ; si le préfet de police décide de déloger les taxis et d'envoyer tous les véhicules en fourrière, ils le font, la force publique est suffisamment équipée. Mais c'est politiquement délicat. Les agriculteurs pareil. Toutes ces manifestations sont contraires à l'état de droit. Ici en effet nous sommes dans une échelle supérieure de violence par rapport aux agriculteurs ou aux taxis, même s'il y a eu des violences de la part des taxis. Et bloquer une autoroute, à part bloquer les Champs-Elysées ou encercler le palais présidentiel ou bien Matignon, je ne vois pas ce que l'on peut faire de mieux ou de pire. On peut comprendre les revendications des taxis ou des agriculteurs, également des zadistes de Sivens. Là c'est différent, ce sont des gens qui veulent faire pression sur une décision de justice. Pour autant, dans tous ces cas, on n'est pas dans l'état de droit. Entraver la circulation, s'attaquer aux forces de l'ordre, c'est contraire à la loi. Le gouvernement a donc pris une décision consciente. Le ministre a réuni son cabinet, le préfet, le directeur général de la police, le directeur général de la gendarmerie, le patron des CRS, le patron de la gendarmerie mobile. C'est une décision concertée, cela fonctionne ainsi. On consulte les opérationnels sur le terrain, qui ont dû constater que la situation était tendue, les journalistes ne pouvant pas approcher le camp. Si on lance l'assaut pour les déloger ça va complètement dégénérer. A la place, il va y avoir un blocage pendant quelques heures, on va éviter un bain de sang. C'est une "impuissance" volontaire et à mon avis assumée.

Quelles sont les règles relatives à un tel événement? A partir de quel moment l'intervention des autorités devient-t-elle une nécessité ? S'agit-il d'une décision au cas par cas? Quels sont les critères qui doivent emporter les décisions d'intervention?

Bruno Beschizza : Les critères sont simples. En matière de maintien de l’ordre, la règle traditionnelle de l’intervention des forces de sécurité, c’est de ne pas créer un désordre supérieur au trouble existant. Mais force doit rester à la loi. Ce qui est sûr, c’est que la préfecture n’a pas prise la décision seule : à partir du moment où cet événement est suivi en direct par des chaînes d’information en continu, la décision est remontée au plus haut sommet de l’Etat. Et là, effectivement, les règles d’engagement n’existent pas, c’est du cas par cas.

Je ne puis croire que l’Etat ne puisse pas maîtriser une manifestation d’une soixantaine de personnes, fussent-elles potentiellement violentes. La question, c’est pourquoi.

Mathieu Zagrodzki : Oui c'est au cas par cas. Si je devais énumérer toutes les infractions commises durant ce blocage, c'est implacable. Après il y a une question d'opportunité. Parce qu'en France on préfère la casse matérielle à la casse corporelle. Il y a une espèce de doctrine qui ne dit pas son nom, du mort zéro. On a vu Sivens, également Malik Oussékine en 1986, mais en réalité c'est très rare en France. On ne tire pas à balles réelles, parce qu'on ne veut pas que des gens restent sur le carreau. Donc quand on pense que ça va être trop violent, on préfère que l'orage passe. Ensuite c'est un mécanisme de décision très codifié. Ça se fait par la voix hiérarchique, le sous-préfet, le préfet, l'autorité ministérielle, et le cas échant le Premier ministre. La décision de donner l'assaut par une unité de maintien de l'ordre se fait forcément sur ordre de l'autorité civile. Les hommes casqués sur le terrain ne bougeront pas le petit doigt si l'ordre ne leur a pas été donné par l'autorité préfectorale, qui agit au nom du ministre. D'où des scènes habituelles de murs de CRS aspergés de tomates par des agriculteurs en colère et qui ne font que tendre leurs boucliers pour se protéger. On se demande ce qu'ils attendent : mais ils n'ont pas ordre de bouger. Cependant, le point de non-retour réside dans l'intégrité physique des forces de l'ordre elles-mêmes, ou de tierces personnes. Ici par exemple, si les gens du voyage s'en étaient pris aux automobilistes, cela aurait été le devoir de l'état de protéger ces personnes, sans quoi il y a non-assistance à personne en danger. Si ce sont juste des dégradations, on ferme les yeux.

Quels sont les risques d'un tel événement dans l'opinion publique, et quelle image le gouvernement donne-t-il ?

Bruno Beschizza : L’image de ce gouvernement est désastreuse. Je rappelle tout de même que depuis 2012, c’est un tryptique Taubira qui s’est mis en place avec le laxisme judiciaire, impunité institutionnelle et culture de l’excuse. Aujourd’hui, on voit ce que ceci donne comme conséquences. Je rappelle que pendant l’été, Christiane Taubira a proposé d’abolir le délit de conduite sans permis au motif qu’il fallait désengorger les tribunaux. Le gouvernement donne l’image de l’attentisme, et même pire : de la peur. Quand soixante personnes arrivent à mettre en échec l’Etat de droit, c’est inquiétant. Nos policiers et nos gendarmes ont été humiliés. L’Etat est décrédibilisé. Quant aux citoyens, ils ont l’impression d’un véritable deux poids deux mesures. Et les voyous, eux, restent confortés dans l’impunité.

Mathieu Zagrodzki : L'image que cela donne aux citoyens est désastreuse. Voir des gens qui bloquent impunément une voie de circulation et qui à la fin obtiennent gain de cause, comme avec les taxis qui bloquent Paris pendant une journée à l'issue de laquelle le ministre interdit Uberpop... Le citoyen ne peut que se dire que faire pression n'est pas si compliqué. De fait, la décision a sa rationalité, mais l'argument d'un "Etat-PS faible" est très facile à exploiter par la droite.

Source : www.atlantico.fr

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Publié par Aulnaylibre ! - dans C'est dans le Journal
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commentaires

JEAN LOUIS KARKIDES 01/09/2015 22:23

Tiré du site Atlantico.......
Aulnay libre ou pas....
http://blogs.mediapart.fr/blog/laurent-mauduit/280211/atlantico-la-droite-rance

RV 02/09/2015 14:33

Comme d'hab, vous mégotez sur la forme, non sur le fond.
Qu'importe que cette interview ait été accordée à Atlantico ou autre.

A la base, se pose le problème d'un Etat incapable d'imposer l'ordre en tous points du territoire; à l'inverse, on observe une démultiplication de zones dites de non-droit, et de pillage du territoire par toutes sortes d'individus, notamment organisés en bandes.

Dans un Etat "normal", les autorités auraient envoyé des véhicules blindés dotés de lame dozer, appuyés par des escadrons de gendarmerie, afin de dégager cet important axe routier reliant l'Europe du Nord à l'Ile-de-France.
Axe bloqué par ces "gens du voyage" au moyen d'arbres abattus (curieux, mutisme sur ce point de la part du défenseur de l'environnement que vous dites être), de pneus cramés etc.

Dans la foulée, déploiement massif des forces de l'ordre dans l'ensemble des camps de ces "gens du voyage" à des fins de saisie de toutes armes dont la détention est illégale, puis comparution immédiate et détention à la clé, non seulement des individus détenteurs d'armes non déclarées, mais également des individus hostiles qui tenteraient de s'opposer aux interpellations et saisies d'armes (ou de drogues, ou tout objet volé que les forces de l'ordre trouveraient "fortuitement" dans ces camps; voir rapport émis par le Service du renseignement criminel de la gendarmerie nationale pour la période 2013-2014 http://www.lessor.org/wp-content/uploads/2014/06/Rapport-Criminalit%C3%A9-organis%C3%A9e-2013-2014-V2.pdf
Ou, de façon plus visuelle, cette infographie publiée par Le Monde fin 2013 http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/12/14/en-france-des-organisations-criminelles-mondialisees_4334429_3224.html ).

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